Il y a quelque chose d’assez paradoxal avec les jeux inspirés de l’univers de H.P. Lovecraft. On en a vu passer un paquet ces dernières années, avec plus ou moins de réussite, et pourtant cette mythologie continue de fonctionner. Il suffit finalement de quelques tentacules, une bonne dose de folie et surtout cette impression persistante que l’être humain n’est absolument pas à sa place dans ce monde.
Avec Cthulhu : The Cosmic Abyss, Big Bad Wolf prend toutefois une direction un peu différente. Ici, pas question de ressortir le traditionnel détective du début du XXe siècle avec son vieux revolver et son imperméable. Le studio français nous emmène beaucoup plus loin, en 2053, dans les profondeurs du Pacifique.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette plongée ne va pas être de tout repos…

Scénario : L’histoire nous plonge en 2053, dans une Terre où les ressources commencent sérieusement à manquer. On incarne Noah, un agent d’Ancile envoyé enquêter sur la disparition de plusieurs personnes dans une installation sous-marine d’Ocean-I.
Mais évidemment, rien ne va se passer comme prévu. En descendant dans les profondeurs, on découvre peu à peu des choses liées à Cthulhu et à la mystérieuse cité de R’lyeh…
Graphismes : Visuellement, Cthulhu : The Cosmic Abyss fait plutôt bonne impression.
Le jeu tourne sous « Unreal Engine 5 » et cela se remarque surtout dans les environnements. Les installations sous-marines, les laboratoires, les zones abandonnées et les architectures beaucoup plus étranges que la moyenne bénéficient d’un vrai soin artistique.
Mais ce que j’ai surtout aimé, c’est l’ambiance. On passe beaucoup de temps dans des endroits où l’on n’a franchement pas envie de rester. Couloirs sombres, installations désertées, inscriptions inquiétantes, traces de cultes… Tout est fait pour donner cette sensation de malaise permanent.
Puis le jeu change progressivement d’échelle. Les environnements deviennent plus étranges, plus imposants et beaucoup plus difficiles à comprendre. La découverte de R’lyeh est évidemment l’un des moments qui fonctionne le mieux sur le plan visuel.
Il y a également un petit côté science-fiction horrifique qui m’a bien plu. On retrouve parfois cette ambiance de station spatiale abandonnée où quelque chose s’est très mal passé, sauf qu’ici, nous sommes au fond du Pacifique.
Tout n’est cependant pas irréprochable. Les animations des personnages sont parfois un peu rigides et certains détails techniques rappellent que nous sommes devant une production qui aurait encore mérité quelques semaines de finition.

Jouabilité : C’est probablement ici que Cthulhu : The Cosmic Abyss va diviser.
Si vous cherchez un jeu d’action avec des armes, des monstres et des combats toutes les deux minutes, vous pouvez déjà passer votre chemin. Ici, on enquête !! On observe, on fouille, on analyse des objets, on récupère des informations et surtout… on réfléchit !
Le système de déduction est au cœur de l’expérience. Noah dispose notamment d’outils permettant de scanner son environnement et de mettre en évidence certains éléments. Le sonar devient également un compagnon particulièrement utile pour repérer ce qui nous entoure.
Mais le plus intéressant reste la manière dont les différents indices sont reliés entre eux.
Le jeu nous demande réellement de faire travailler nos petites cellules grises. Il ne s’agit pas simplement de suivre un marqueur jusqu’au prochain objectif. Il faut parfois comprendre ce que l’on vient de découvrir et faire le rapprochement avec une information récupérée quelques minutes auparavant.
On retrouve finalement ce qui faisait déjà le charme des précédents jeux narratifs de Big Bad Wolf ! Je parle bien évidemment du sentiment d’être acteur de l’enquête plutôt que simple spectateur d’une histoire interactive.
Le problème, c’est que cette volonté de nous laisser chercher peut aussi devenir frustrante. Il n’y a pas toujours de carte ou d’indication suffisamment claire pour savoir où aller. Et quand on a passé plusieurs minutes à tourner dans les mêmes couloirs à la recherche du petit objet que l’on avait oublié d’examiner, le côté enquêteur laisse rapidement place au côté « mais il est où ce pu*** de truc ? ».
Certains mécanismes peuvent également manquer un peu de fluidité. La manipulation des objets et certaines interactions sont parfois moins agréables qu’elles ne devraient l’être… Et pourtant, lorsqu’une énigme fonctionne parfaitement et que l’on comprend enfin le raisonnement attendu, la satisfaction est bien réelle.
C’est probablement là toute la force du jeu !

Durée de Vie : Comptez environ une douzaine d’heures pour terminer l’aventure, avec des variations selon votre manière de jouer et votre capacité à résoudre les différentes énigmes.
Le jeu est composé de sept chapitres et évite globalement de tirer inutilement sur la corde. Certains passages donnent tout de même l’impression de ralentir un peu l’aventure, mais l’ensemble reste cohérent.
La rejouabilité vient surtout des choix effectués au cours de l’aventure et des différentes conséquences possibles.
Ce n’est donc pas le genre de jeu que l’on va relancer tous les mois pendant des centaines d’heures. Mais pour une aventure narrative centrée sur une enquête, une dizaine d’heures bien remplies me paraît être un compromis tout à fait correct.
Et puis soyons honnêtes, passer quarante heures dans les abysses aurait peut-être fini par poser quelques problèmes à notre santé mentale. XD

Bande Son : La bande-son fait partie des éléments qui contribuent le plus à l’atmosphère. Et heureusement, parce qu’un jeu « Lovecraftien » sans ambiance sonore digne de ce nom, c’est un peu comme Cthulhu sans tentacules,… il manque quelque chose.
Les bruits de machines, les installations sous-marines, les sons étranges provenant de zones que l’on ne voit pas et les différents effets environnementaux fonctionnent particulièrement bien. (Le silence est également très bien utilisé).
Il y a des moments où l’on avance simplement dans un couloir avec pour seule compagnie le bruit de nos propres pas. Et c’est justement là que le jeu arrive parfois à créer son meilleur malaise.
La musique quant à elle, reste généralement en retrait et accompagne surtout les moments importants.
Les doublages anglais sont convaincants et les sous-titres français permettent de suivre confortablement l’histoire. Même si forcement on aurait préféré une vraie VF !

Conclusion : Alors, faut-il plonger dans Cthulhu : The Cosmic Abyss ?
Pour ma part, oui, mais pas forcément pour tout le monde. Big Bad Wolf propose ici une expérience davantage tournée vers l’enquête, la réflexion et l’ambiance que vers l’action, ce qui permet au jeu de se démarquer. J’ai particulièrement apprécié le système de déduction, le sonar et la direction artistique, qui créent une atmosphère vraiment réussie.
Malheureusement, quelques problèmes viennent gâcher l’expérience, notamment des ralentissements, des bugs, certaines interactions maladroites et des énigmes parfois frustrantes. Le côté horrifique pourra également décevoir ceux qui recherchent des sensations fortes, car le jeu mise surtout sur la tension et le mystère.
Malgré ses défauts, j’ai trouvé l’aventure intéressante et suffisamment intrigante pour avoir envie d’aller jusqu’au bout. Les amateurs de Lovecraft et de jeux narratifs devraient y trouver leur compte, tandis que les joueurs à la recherche d’action risquent de trouver le rythme un peu trop lent.
Au final, Cthulhu : The Cosmic Abyss reste une expérience imparfaite, mais qui possède une vraie personnalité et une ambiance qui fonctionne !